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Bilan carbone : impact réel des panneaux solaires en entreprise

illustration du bilan carbone et panneaux solaires

Réduire son bilan carbone est devenu un enjeu concret pour les entreprises : obligations réglementaires, appels d’offres, attentes des clients, reporting CSRD, publication du BEGES sur la plateforme de l’ADEME… Les directions RSE comme les directions financières cherchent des leviers mesurables pour agir.

Dans ce contexte, installer des panneaux solaires en autoconsommation réduit les émissions de scope 2, en diminuant la quantité d’électricité achetée au réseau.

Mais ce gain carbone doit être évalué avec méthode, en tenant compte des usages de l’entreprise, de sa consommation électrique et de sa stratégie RSE. Cet article s’adresse à celles et ceux qui pilotent ces démarches : ici, nous ne comparerons pas le solaire à une centrale à charbon, mais à la réalité du mix électrique français.

Comprendre le bilan carbone avant d’évaluer l’impact du solaire

Le bilan carbone permet de mesurer les émissions de gaz à effet de serre générées par l’activité d’une entreprise. Il prend en compte les émissions directes, comme le carburant consommé par une flotte automobile, mais aussi les émissions indirectes liées à l’électricité, aux achats, aux déplacements, au transport ou encore aux immobilisations.

Ces émissions sont exprimées en tonnes de CO₂ équivalent, ou tCO₂e, afin de comparer différents gaz à effet de serre dans une même unité.

Pour faciliter l’analyse, elles sont généralement réparties en trois catégories :

  • Scope 1 : émissions directes de l’entreprise, par exemple le gaz, le fioul ou le carburant consommé sur site ou par les véhicules de l’entreprise.
  • Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie achetée, principalement l’électricité.
  • Scope 3 : autres émissions indirectes, comme les achats, le transport, les déplacements des salariés, la fabrication des équipements ou la fin de vie des produits.

Dans le cas d’une installation photovoltaïque en autoconsommation, diminue le scope 2 : l’entreprise achète moins d’électricité au réseau, ce qui réduit les émissions associées à cette consommation. Mais comme il s’agit d’un nouvel équipement, son bilan carbone augmente le scope 3.

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Chez Terre Solaire, nous dimensionnons les centrales photovoltaïques au plus près du profil de consommation du site afin d’optimiser le taux d’autoconsommation. Cette approche ne répond pas seulement à un enjeu économique : elle permet aussi de maximiser la part d’électricité solaire consommée qui réduit directement les achats d’électricité au réseau, donc les émissions de scope 2 associées.

Quel est le bilan carbone des panneaux photovoltaïques ?

l’empreinte carbone des panneaux solaires

Une installation photovoltaïque ne produit pas d’émissions directes lorsqu’elle génère de l’électricité.

En revanche, elle possède bien une empreinte carbone, liée à l’ensemble de son cycle de vie : extraction des matières premières, fabrication des cellules et des modules, transport, installation, maintenance et fin de vie. L’emprunte carbone est d’ailleurs demandée lors de appels d’offre CRE.

La majorité de cette empreinte provient de la phase de fabrication des panneaux. C’est pourquoi le lieu de production et le mix électrique utilisé dans les usines ont une influence importante sur le bilan carbone final.

Selon la Base Empreinte de l’ADEME, l’empreinte carbone d’une installation photovoltaïque varie notamment selon l’origine de fabrication des modules :

Origine de fabrication des modules

Empreinte carbone moyenne

Mix électrique chinois

43,9 gCO₂e/kWh

Mix électrique français

25,2 gCO₂e/kWh


L’ADEME donne ces chiffres à titre de « moyenne ».

Les panneaux d’origine chinoise que nous posons actuellement disposent d’une empreinte carbone certifiée comprise entre 400 et 430 kgCO₂e/kWc pour les modules. Avec une garantie de performance de 30 ans et un rendement supérieur à 20 %, cette empreinte est amortie sur plusieurs dizaines de milliers de kWh produits. Rapportée à l’électricité produite, elle représente environ 12 à 15 gCO₂e/kWh pour les modules seuls.

Pour une installation photovoltaïque complète, intégrant les autres composants, le transport et la pose, l’empreinte carbone se situe autour de 30gCO₂e/kWh selon les hypothèses retenues en Normandie.

Comment le photovoltaïque réduit le bilan carbone des entreprises ?

En France, l’électricité du réseau est déjà largement décarbonée. La Base Empreinte de l’ADEME retient toutefois un facteur d’émission pour le mix moyen de consommation électrique, intégrant les pertes de transport et de distribution. C’est ce type de facteur qui sert à calculer les émissions liées à l’électricité consommée par une entreprise.

Pour donner un ordre de grandeur simple, on peut comparer :

Électricité consommée

Empreinte carbone indicative

Électricité du réseau français

environ 50 gCO₂e/kWh (facteur réseau)

Électricité photovoltaïque produite

environ 30 gCO₂e/kWh

Chaque kWh solaire autoconsommé permet donc d’éviter environ :

50 – 30 = 20 gCO₂e/kWh

Pour estimer les émissions de scope 2 évités la formule est :

kWh solaires autoconsommés × facteur d’émission de l’électricité réseau = émissions de scope 2 évitées

Pour estimer le gain carbone d’une installation photovoltaïque en autoconsommation :
kWh autoconsommés × (facteur d’émission réseau – empreinte carbone solaire) = émissions évitées

EXEMPLE 

Une installation en autoconsommation totale de 300 kWc, soit environ 1 500 m² de panneaux, peut produire autour de 300 000 kWh par an dans les Hauts-de-France.

En retenant :

  • 50 gCO₂e/kWh pour l’électricité réseau ;
  • 30 gCO₂e/kWh pour l’électricité solaire produite sur site ;

on obtient deux lectures complémentaires.

300 000 × 50 = 15 tCO₂e évitées/an sur le scope 2 par an

Avec une durée de garantie des panneaux de 30 ans, 30×15 : 450 tCO₂e évitées

Cette lecture valorise la baisse des achats d’électricité au réseau.

Avec une approche prudente en Cycle de Vie (ACV), déduisant l’empreinte de fabrication des panneaux du bénéfice de l’énergie produite.

300 000 × (50 – 30) = 6 tCO₂e évitées/an soit 180 tCO₂e évitées sur la durée de vie de la centrale

À titre de comparaison, cela représente environ :

  • 180 Aller-Retour Paris – New York
  • 900 000 km en voiture thermique
  • Planter 9 000 à 12 000 arbres matures, soit 90 000 à 120 000 m² de forêt

Comment intégrer le photovoltaïque dans un reporting RSE ou ESG ?

Une installation photovoltaïque peut être valorisée dans un reporting RSE ou ESG, à condition de présenter clairement la méthode de calcul utilisée : scope 2 ou ACV. Pour un responsable RSE, l’enjeu n’est pas seulement d’annoncer une production solaire annuelle, mais de démontrer ce que cette production change réellement dans les émissions de l’entreprise.

Le premier indicateur à suivre est l’électricité solaire autoconsommée. C’est elle qui réduit les achats d’électricité au réseau, donc les émissions de scope 2 associées. L’électricité injectée sur le réseau peut être valorisée, mais elle ne doit pas être comptabilisée de la même manière : elle ne réduit pas directement la consommation électrique de l’entreprise.

Pour intégrer le photovoltaïque dans un reporting, il est donc recommandé de distinguer deux niveaux de lecture.

1. La réduction du scope 2

La lecture la plus courante consiste à mesurer les émissions de scope 2 évitées grâce à la baisse des achats d’électricité réseau.

La formule est :

kWh solaires autoconsommés × facteur d’émission de l’électricité réseau = émissions de scope 2 évitées

Dans l’exemple précédent, une installation qui permet d’autoconsommer 300 000 kWh/an évite :

300 000 × 50 gCO₂e/kWh = 15 tCO₂e/an sur le scope 2

Cette approche est utile pour le reporting, car elle montre l’effet direct de l’autoconsommation sur les émissions liées à l’électricité achetée.

2. Le gain carbone net en analyse de cycle de vie

Une approche plus prudente consiste à intégrer l’empreinte carbone de l’installation photovoltaïque elle-même : fabrication des panneaux, composants, transport, pose, maintenance et fin de vie.

La formule devient :

kWh solaires autoconsommés × (facteur d’émission réseau – empreinte carbone solaire) = gain net estimé

Avec les mêmes hypothèses :

300 000 × (50 – 30) gCO₂e/kWh = 6 tCO₂e/an de gain net estimé

Cette lecture est moins favorable, mais plus complète. Elle permet d’éviter une communication trop optimiste et de montrer que l’entreprise tient compte du cycle de vie de son installation.

Quels indicateurs suivre ?

Pour rendre le calcul exploitable dans un reporting RSE, ESG ou CSRD, l’entreprise doit conserver des indicateurs vérifiables :

  • production photovoltaïque annuelle ;
  • part d’électricité autoconsommée ;
  • part d’électricité injectée sur le réseau ;
  • consommation électrique avant / après projet ;
  • facteur d’émission retenu pour l’électricité réseau ;
  • empreinte carbone retenue pour l’installation photovoltaïque ;
  • année de référence ;
  • périmètre du calcul : modules seuls ou installation complète ;
  • durée de vie retenue ;
  • hypothèses de remplacement des composants, notamment les onduleurs.

Ces éléments permettent de passer d’un chiffre marketing à une donnée auditée, traçable et compréhensible.

Quelles preuves documentaires conserver ?

Pour sécuriser l’analyse, l’entreprise peut s’appuyer sur plusieurs justificatifs :

  • Données de monitoring de production ;
  • Relevés d’autoconsommation ;
  • Factures d’électricité ;
  • Certificat carbone des modules ;
  • Hypothèses de productible ;
  • Caractéristiques techniques de l’installation ;
  • Facteur d’émission utilisé et source associée ;
  • Méthode de calcul appliquée.

Ces preuves sont particulièrement utiles dans le cadre d’un reporting ESG, d’une trajectoire carbone interne, d’un audit ou d’une démarche inspirée de référentiels comme le GHG Protocol ou la SBTi.

Attention à la méthode scope 2

Dans les référentiels carbone, les émissions de scope 2 peuvent être présentées selon deux approches :

  • location-based : calcul à partir du facteur moyen du réseau électrique consommé
  • market-based : calcul tenant compte des contrats d’achat d’électricité ou instruments de marché reconnus.

Dans le cas d’une installation photovoltaïque en autoconsommation, le point le plus robuste reste la baisse mesurée des kWh achetés au réseau. L’entreprise doit donc distinguer clairement :

  • l’électricité solaire autoconsommée ;
  • l’électricité solaire injectée ;
  • l’électricité toujours achetée au réseau.

Cette distinction évite de surévaluer le gain carbone du projet.

Au contraire, l’on peut surévaluer le gain carbone du projet en calculant à partir du facteur moyen du réseau européen : supérieur à 200 tCO₂e/an.

Ce qui est pertinent pour une entreprise internationale disposant de sites de production hors de France ou pilotant une stratégie carbone à l’échelle européenne, mais s’avère trompeur pour analyser l’impact réel d’une installation située sur le territoire français, où le mix électrique est déjà fortement décarboné.

Ce qu’il faut éviter dans un reporting

Une installation photovoltaïque ne doit pas être présentée comme une compensation carbone. Elle ne “neutralise” pas l’empreinte globale de l’entreprise. Elle permet de réduire une partie précise de ses émissions : celles liées à l’électricité achetée au réseau.

Il est donc préférable d’écrire :

“L’installation photovoltaïque réduit les émissions de scope 2 liées aux achats d’électricité.”

Plutôt que :

“L’installation rend notre activité neutre en carbone.”

Le photovoltaïque est un levier concret de décarbonation, à condition d’être présenté avec les bons indicateurs, les bonnes hypothèses et les bonnes limites.

Le photovoltaïque peut aussi améliorer le DPE d’un bâtiment

diagnostic dpe batiment

Dans un DPE, les émissions de gaz à effet de serre sont exprimées en kgCO₂e/m²/an. En produisant une partie de l’électricité consommée sur site, une installation photovoltaïque peut réduire les émissions associées à l’électricité achetée au réseau.

Par exemple, une installation photovoltaïque d’environ 300 kWc :
En retenant un facteur d’émission réglementaire de l’électricité d’environ 79 gCO₂e/kWh dans une logique DPE, cela représente jusqu’à 23,7 tCO₂e/an d’émissions opérationnelles évitées si toute l’électricité produite est autoconsommée.

Même avec une hypothèse plus prudente de 50 gCO₂e/kWh, le gain atteint environ 15 tCO₂e/an en émissions d’usage évitées.

Ce gain peut contribuer à améliorer l’étiquette climat du bâtiment, voire à franchir un seuil de classe dans certains cas. Il doit toutefois être vérifié par un calcul DPE complet, car le classement dépend aussi de la consommation d’énergie primaire, des usages du bâtiment et de la méthode réglementaire applicable.

Foire aux questions sur le bilan carbone et les panneaux solaires

Le temps de retour carbone d’une installation photovoltaïque est généralement de 1 à 3 ans lorsqu’on la compare à une électricité d’origine fossile, comme le gaz ou le charbon. En France, si on la compare au mix électrique moyen, déjà largement bas carbone, il peut dépasser 10 ans.

Pour quantifier les émissions évitées d’un projet photovoltaïque, il faut partir de l’électricité réellement autoconsommée, la formule la plus simple est :

Émissions évitées = kWh solaires autoconsommés × facteur d’émission de l’électricité réseau évitée

Pour une approche plus complète, il est possible de retrancher l’empreinte carbone de l’électricité photovoltaïque produite :

Gain net = kWh solaires autoconsommés × (facteur d’émission réseau – empreinte carbone du kWh solaire)

Non, pas dans l’absolu. Leur empreinte est plus élevée que des panneaux fabriqués avec un mix électrique bas carbone (environ 40-44 gCO₂e/kWh vs 25-32 gCO₂e/kWh pour un mix européen/français). Cependant, même avec des panneaux chinois, l’empreinte complète d’une installation reste inférieure à celle de l’électricité réseau française moyenne. Le gain net existe, mais il est plus faible et le temps de retour carbone un peu plus long. Privilégier des modules avec une certification carbone basse (ex. : appels d’offres CRE) permet d’optimiser cet impact.

L’installation de panneaux solaires augmente le Scope 3 (achat de biens d’équipement et immobilisations). Cet impact est toutefois amorti sur la durée de vie (25-30 ans). Dans la pratique, pour la plupart des entreprises, la réduction du Scope 2 (électricité achetée) compense largement l’augmentation du Scope 3 sur le cycle de vie complet. Il est recommandé de réaliser une ACV complète ou d’utiliser les facteurs de la Base Empreinte ADEME pour quantifier précisément cet effet.

Oui, potentiellement. En réduisant la consommation d’électricité réseau, il fait baisser les émissions de gaz à effet de serre exprimées en kgCO₂e/m²/an dans le DPE. Le gain dépend du facteur d’émission réglementaire utilisé (souvent plus élevé que le mix réel, autour de 70-80 gCO₂e/kWh dans certaines méthodes). Cependant, l’amélioration de l’étiquette dépend aussi de la consommation d’énergie primaire globale du bâtiment. Un calcul DPE complet par un diagnostiqueur est indispensable.

Pour une installation de 300 kWc produisant 300 000 kWh/an avec un taux d’autoconsommation élevé, le gain net est de l’ordre de 5 à 15 tCO₂e par an selon les hypothèses (30 g vs 50-60 gCO₂e/kWh). Cela peut paraître modeste en absolu, mais :

  • Cumulé sur 25 ans : 125 à 375 tCO₂e évitées net
  • C’est comparable à la suppression de plusieurs véhicules thermiques ou à la plantation de milliers d’arbres
  • C’est surtout un levier mesurable, visible et pilotable qui complète d’autres actions (efficacité énergétique, mobilité, etc.)
  1. Un taux d’autoconsommation élevé (idéalement > 60-70 %)
  2. Une bonne exposition et un bon dimensionnement (pour maximiser la production réelle autoconsommée)
  3. Le choix de modules avec une empreinte carbone certifiée la plus basse possible
  4. Une durée de vie et une performance longue durée optimales (garantie 25-30 ans)
  5. L’intégration dans une stratégie plus large de décarbonation (ne pas voir le solaire comme unique solution)

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